SMITH (A.)


SMITH (A.)
SMITH (A.)

Adam Smith, «le père de l’économie politique»: qualification bien connue et qui, sous une forme concise, a le mérite de bien exprimer ce que cette discipline lui a dû à ses véritables débuts, c’est-à-dire dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, mais qualification insuffisamment précise, car il ne paraît pas exagéré d’avancer que ses idées et ses propositions ont bouleversé le monde. En effet, dans un livre célèbre, La Richesse des nations , paru en 1776 et toujours étudié depuis, il a, en synthétisant le savoir de son temps, exposé les causes de cette richesse ainsi que les mesures les plus propres à favoriser son accroissement, ou encore, en termes actuels, une théorie détaillée de la croissance d’une économie nationale, ouvrant ainsi la voie à une lignée d’économistes et provoquant l’établissement de nouvelles conditions de l’activité économique qui n’ont subi de modifications qu’à une époque relativement récente.

L’homme et l’œuvre

Smith n’a toute sa vie été qu’un universitaire. Né à Kirkaldy (Écosse), il entra à quatorze ans au collège de Glasgow, à dix-sept ans à Oxford où, pendant six années, il étudia la philosophie et la littérature. Il fut nommé professeur de littérature à Glasgow à vingt-huit ans et occupa à partir de 1753 la chaire de philosophie morale, professant entre autres l’économie politique et publiant la Théorie des sentiments moraux . En 1763, tuteur du jeune duc de Buccleugh, il passa trois ans en Europe, principalement en France, où il rencontra les physiocrates. Revenu en Écosse en 1767, il se consacra à la rédaction de La Richesse des nations , ainsi qu’à ses devoirs officiels et aux rééditions de son œuvre. Il mourut à Édimbourg.

L’ouvrage de Smith est d’abord l’exposé du mécanisme de la croissance d’une nation. En premier lieu, il présente un certain nombre de notions. Ainsi distingue-t-il trois facteurs de production: le travail , rémunéré par le salaire, dont la division est synonyme de spécialisation et de productivité accrue; le capital , qui fournit un profit et provient de l’épargne et donc du revenu des particuliers; la terre , dont le propriétaire perçoit la rente. Il en résulte que le montant du produit est fonction de la quantité et de la qualité du travail mis en œuvre par le capital, que le coût de production d’un bien est formé de salaires, de profit et de rente (le produit du travail n’appartient donc pas en totalité au travailleur); la richesse se définit comme une puissance d’achat; l’utilité d’un objet est sa valeur d’usage, et son pouvoir d’acheter, sa valeur d’échange.

Le processus général de croissance provient alors de l’accumulation du capital qui permet un accroissement de la division du travail et de sa productivité, tandis que la hausse de la demande de travail en résultant entraîne celle du salaire. Mais, au fur et à mesure que le temps passe, la rente augmente par suite de la hausse de la demande et des prix des produits agricoles, et le profit diminue, ce qui amène une baisse de l’épargne et une stagnation. Cette fin est inévitable, même si la baisse du profit peut être retardée par l’introduction de nouvelles branches d’activité et par l’exploitation de nouveaux territoires.

Les recommandations de Smith sur la politique à suivre sont de deux sortes.

D’une part, il s’attache au système économique et son examen du mercantilisme l’amène à en faire ressortir les défauts: l’accumulation de métaux précieux n’est pas la vraie richesse; les restrictions de toutes sortes aux importations entraînent une mauvaise répartition du capital et une insuffisante division du travail; les encouragements aux exportations provoquent une structure économique différente de celle qui aurait résulté du jeu des phénomènes naturels; l’acquisition de colonies présente plus d’inconvénients que d’avantages. Un tel système est à rejeter, et la liberté laissée aux individus d’agir suivant leur propre intérêt permettra seule la meilleure utilisation des ressources productives.

D’autre part, le budget de l’État retient son attention. Pour lui, celui-ci doit être modifié. Les dépenses publiques indispensables sont en petit nombre (soit, dans l’ordre, les dépenses militaires, les dépenses de justice, les dépenses relatives aux travaux publics et aux institutions d’enseignement et enfin à la dignité du souverain) et leur mode de couverture peut différer, en ce sens que, si tous doivent contribuer à certaines, les usagers doivent contribuer aux autres (par exemple pour la justice). En outre, les impôts doivent respecter quatre règles: dépendre des capacités des contribuables, éviter l’arbitraire, être perçus au moment le plus commode pour ceux qui les payent et être grevés des frais de gestion les plus faibles possible. Ainsi la réduction de la place de l’État laissera-t-elle des ressources à la disposition des individus et facilitera-t-elle la croissance.

L’école classique

La Richesse des nations n’a jamais cessé d’être considérée comme une œuvre fondamentale. La première raison tient à l’ouvrage lui-même: œuvre de synthèse, elle ne contient rien de nouveau, mais toutes les connaissances économiques du temps sont présentées autour d’un concept central – la richesse nationale – en un système général et cohérent; on ne se trouve plus en face de visions peut-être plus géniales, mais fragmentaires, comme celles de Pierre de Boisguilbert et de William Petty à la fin du XVIIe siècle ou de François Quesnay en 1758. En outre, Smith connaît fort bien l’histoire économique et confronte sans cesse sa pensée et les faits.

On comprend alors que l’ouvrage ait constitué le fondement d’une école, l’école classique, qui a régné jusqu’au milieu du XIXe siècle et dont les représentants les plus notables ont été Malthus, Ricardo et Mill. Ainsi Malthus a-t-il approfondi le mécanisme de la croissance en mettant en valeur les phénomènes de population et l’écart entre la croissance potentielle et la croissance effective. Même Marx a contracté une dette importante à l’égard de Smith, puisque l’idée de ce dernier suivant laquelle le travailleur n’est pas rémunéré pour la totalité de son travail a servi de base aux thèses de l’exploitation et de la plus-value.

La seconde raison de la faveur qu’a connue l’ouvrage tient au moment de sa parution. L’Angleterre, première puissance mondiale des années 1770, est en plein bouleversement: la technique progresse à la suite des inventions réalisées dans les branches textile et sidérurgique; la hausse de la population commencée vers 1740 a revêtu une forte ampleur et changé la dimension du marché; les enclosures transforment le paysage agraire, modifient les classes sociales et créent une main-d’œuvre prête à s’employer dans l’industrie; la guerre d’indépendance américaine pose le problème des relations extérieures. L’instant paraît venu d’engager le pays dans la voie de l’industrialisation et d’accroître encore sa puissance. La Richesse des nations arrive au moment opportun pour indiquer à la nation que faire et comment.

Répondant ainsi aux problèmes de son temps, les enseignements de Smith furent largement appliqués. Pendant un siècle, l’Angleterre resta le pays du libéralisme où les individus en quête de profit et guidés par l’intérêt personnel contribuent au bien-être général. Devenue l’atelier du monde dans les années 1845-1870, elle s’efforça d’introduire une plus grande liberté dans les relations extérieures (par exemple avec la France en 1860). Les tâches assurées par l’État furent réduites au minimum, non seulement chez elle, mais dans nombre de pays, tandis que les règles relatives à la fiscalité prenaient l’aspect d’un dogme et constituaient le fondement des systèmes fiscaux. Portées par la puissance économiquement dominante, les idées de Smith conquirent alors le monde.

«Lisez Adam Smith comme il le mérite et vous vous apercevrez qu’avant lui l’économie politique n’existait pas.» Le jugement de J.-B. Say au début du XIXe siècle est toujours exact.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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